0%
Loading ...

Karima Saïdi décrypte la souffrance, le deuil et la compassion

« Ceux qui veillent » : Karima Saïdi transforme le deuil en fresque universelle

L’essentiel de l’info

Dans son nouveau documentaire « Ceux qui veillent », la réalisatrice belgo-marocaine Karima Saïdi poursuit l’exploration intime commencée avec son premier long-métrage « Dans la maison » (2020). Prenant comme point de départ le souhait de sa mère défunte d’être enterrée au cimetière multiconfessionnel de Bruxelles, la cinéaste transforme ce lieu de repos en un espace cinématographique vibrant et profondément humain.

Ce cimetière, pionnier en Belgique pour accueillir les défunts selon leurs rites spécifiques – qu’ils soient musulmans, juifs, orthodoxes ou d’autres confessions – devient sous son objectif un territoire où la vie et la mort dialoguent sans cesse. Saïdi y capte avec délicatesse les gestes rituels des visiteurs qui entretiennent une relation continue avec leurs disparus : arroser les plantes, partager des dattes, réciter des poèmes, chanter ou simplement converser.

La force du film réside dans sa capacité à saisir l’universalité du chagrin à travers la mosaïque culturelle bruxelloise. Syriens, Marocains, Belges, Congolais, croyants de diverses confessions… tous se retrouvent unis par le même désir de préserver le lien avec ceux qui ne sont plus. « Le chagrin est pareil », résume simplement la réalisatrice, suggérant que face à l’absence, les frontières culturelles s’effacent pour révéler notre commune humanité.

Avec une approche respectueuse, Saïdi a d’abord arpenté le cimetière pendant une année entière sans caméra, tissant des liens de confiance avec les familles endeuillées, les jardiniers et les employés. Cette immersion patiente lui a permis de capter non seulement la douleur, mais aussi la poésie, l’humour et la tendresse qui traversent ce « creuset des émotions ».


Ce qu’il faut retenir

« Ceux qui veillent » s’inscrit dans une démarche artistique profondément personnelle pour Karima Saïdi. Après avoir exploré la mémoire et l’exil à travers la maladie de sa mère dans son premier film, la réalisatrice approfondit ici sa réflexion sur la filiation, l’identité et notre rapport à la mort. Le documentaire s’organise symboliquement autour de la tombe de sa mère, point de départ d’une exploration des vies et des histoires qui l’entourent.

L’approche cinématographique de Saïdi se distingue par sa délicatesse éthique et esthétique. Sa caméra ne s’impose jamais, mais accompagne, respecte les distances, s’approche ou s’éloigne selon l’intensité émotionnelle des moments qu’elle capture. Cette méthode de tournage réfléchie témoigne d’une conscience aiguë des enjeux de représentation lorsqu’on filme le deuil et l’intime.

Le film offre également un précieux éclairage sur les rituels contemporains du deuil dans un contexte multiculturel. À l’heure où nos sociétés questionnent leur rapport à la mort, souvent perçue comme un tabou, Saïdi montre comment différentes communautés cohabitent dans ce lieu symbolique et comment chacune développe des pratiques pour “garder les morts vivants” :

  • Les familles syriennes qui investissent le cimetière lors des fêtes religieuses pour célébrer “avec leurs morts”
  • Les rituels hebdomadaires, comme les visites du vendredi
  • Les gestes quotidiens d’entretien des sépultures, transformant le souvenir en action concrète

La projection du documentaire en Belgique a révélé sa dimension cathartique collective. Les spectateurs ont spontanément partagé leurs propres histoires de deuil, trouvant dans l’œuvre un espace d’expression pour leurs émotions. “On ne se sent plus seuls dans cette peine”, ont-ils confié à la réalisatrice. Quant aux employés du cimetière, généralement invisibilisés, leur émotion face à la reconnaissance de leur travail essentiel témoigne de l’impact social du film au-delà de sa valeur artistique.

Si « Ceux qui veillent » aborde frontalement la mort, c’est paradoxalement pour célébrer la vie et la transmission. En explorant ce que signifie “être rappelé” et ce que l’on laisse derrière soi, Karima Saïdi nous invite à repenser notre relation à l’absence comme partie intégrante de l’existence humaine – non pas comme une fin définitive, mais comme une transformation du lien.


Le mot de la rédaction

Ce documentaire d’une cinéaste d’origine marocaine résonne avec la riche tradition de notre pays où le rapport aux ancêtres et à la mémoire façonne profondément notre identité collective. À travers son regard singulier, Karima Saïdi nous rappelle l’importance universelle des rituels qui nous aident à traverser l’absence, par-delà les frontières géographiques et culturelles.

L’équipe GUATBI


À propos de l’éditeur :
Cet article vous est proposé par la rédaction de GUATBI IMMOBILIER.
Au-delà de l’actualité, nous sommes des promoteurs indépendants engagés pour un immobilier transparent et de qualité à Casablanca.

Une question sur nos projets ? Visitez notre site officiel ou contactez-nous au +212 6 91 08 72 96.

Scroll to Top