Relations Maroc-Espagne : Albares Informe Clavijo des Résultats du Sommet Bilatéral après la Controverse de l’Exclusion
Une nouvelle page s’écrit dans les relations diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne, non sans quelques frictions internes du côté espagnol. Le récent sommet bilatéral de haut niveau, organisé à Madrid, a été marqué par une controverse concernant l’absence du président des îles Canaries, Fernando Clavijo, qui n’a pas caché sa frustration face à cette mise à l’écart. Ce vendredi, un geste d’apaisement a été fait lorsque le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a personnellement contacté le dirigeant canarien pour l’informer des conclusions de cette importante rencontre diplomatique.
Une exclusion qui fait des vagues dans la politique espagnole
La non-invitation de Fernando Clavijo à la réunion de haut niveau (RHN) maroco-espagnole a suscité une vive controverse dans le paysage politique espagnol. Le président des îles Canaries, archipel situé à proximité des côtes marocaines, a publiquement exprimé son mécontentement face à cette exclusion qu’il considère comme préjudiciable aux intérêts de sa région.
“Il est incompréhensible que les Canaries soient absentes d’une rencontre aussi importante avec le Maroc, alors que nos relations économiques, migratoires et culturelles avec ce pays sont essentielles pour notre développement”, avait déclaré Clavijo avant la tenue du sommet.
Les raisons possibles de cette mise à l’écart
Plusieurs facteurs pourraient expliquer l’absence du président canarien à cette réunion bilatérale :
- La volonté du gouvernement central espagnol de maintenir le contrôle sur les discussions concernant les questions sensibles comme la migration et la délimitation des eaux territoriales
- La complexité protocolaire d’intégrer des représentants régionaux dans un sommet intergouvernemental de haut niveau
- Les divergences politiques entre le gouvernement central de Pedro Sánchez et certaines administrations régionales
- La priorité donnée aux relations économiques et commerciales plutôt qu’aux préoccupations spécifiques des îles Canaries
L’appel d’Albares : une tentative d’apaisement
Face à la montée des critiques, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a pris l’initiative de contacter personnellement Fernando Clavijo ce vendredi. Cet appel téléphonique visait à informer le président canarien des résultats concrets de la réunion bilatérale et à apaiser les tensions suscitées par son exclusion.
Selon des sources proches du gouvernement canarien, l’échange aurait été “cordial mais ferme”, Clavijo ayant réitéré l’importance d’associer les îles Canaries aux discussions concernant les relations avec le Maroc, particulièrement sur les dossiers qui affectent directement l’archipel.
Le contenu de l’échange
L’appel entre Albares et Clavijo a principalement porté sur :
- Les accords économiques conclus lors du sommet
- Les avancées en matière de gestion des flux migratoires
- Les projets de coopération énergétique entre les deux pays
- Les discussions concernant la délimitation des espaces maritimes
- Les perspectives de développement des relations culturelles et touristiques
Le ministre aurait également évoqué la possibilité d’une réunion spécifique ultérieure pour aborder les questions concernant directement les îles Canaries dans leurs relations avec le Maroc.
Le sommet maroco-espagnol : enjeux et résultats
La réunion de haut niveau qui s’est tenue à Madrid marque une étape importante dans la normalisation des relations entre le Maroc et l’Espagne, après une période de tensions diplomatiques. Ce sommet, le premier depuis 2015, témoigne de la volonté des deux pays de renforcer leur partenariat stratégique.
Présidé par le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, et le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, ce sommet a abouti à la signature d’une vingtaine d’accords couvrant divers domaines de coopération.
Principaux accords conclus
Parmi les accords les plus significatifs figurent :
- Un mémorandum d’entente sur la coopération énergétique, notamment concernant l’hydrogène vert
- Un accord sur la gestion concertée des flux migratoires
- Des protocoles de coopération dans les domaines de l’éducation, de la culture et du tourisme
- Des accords sectoriels sur l’agriculture, la pêche et le développement durable
- Des programmes conjoints dans le domaine de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur
Ces accords devraient permettre d’approfondir les relations économiques bilatérales, l’Espagne étant déjà le premier partenaire commercial du Maroc.
Les îles Canaries : un acteur clé des relations maroco-espagnoles
L’archipel des îles Canaries, situé à seulement 100 kilomètres des côtes marocaines, occupe une position géostratégique particulière qui en fait un acteur incontournable des relations entre Madrid et Rabat. Cette proximité géographique engendre des interactions multiples et complexes dans plusieurs domaines :
Une relation de voisinage aux multiples facettes
Les relations entre les Canaries et le Maroc s’articulent autour de plusieurs axes :
- Migration : Les îles Canaries constituent l’une des principales portes d’entrée des migrants africains vers l’Europe, ce qui soulève d’importants défis humanitaires et sécuritaires
- Pêche : Les accords de pêche entre l’UE et le Maroc concernent directement la flotte canarienne qui opère dans les eaux adjacentes
- Commerce : Les échanges économiques entre l’archipel et les régions marocaines voisines représentent un potentiel de développement considérable
- Délimitation maritime : La question de la délimitation des eaux territoriales et des zones économiques exclusives constitue un sujet sensible
- Tourisme : Le développement touristique des deux côtés du détroit offre des opportunités de complémentarité mais aussi de concurrence
Ces interactions justifient la frustration exprimée par Fernando Clavijo face à son exclusion d’un sommet dont les décisions affectent directement sa région.
Les défis migratoires au cœur des préoccupations canariennes
La question migratoire constitue sans doute le principal point de friction entre les îles Canaries et le gouvernement central espagnol concernant les relations avec le Maroc. L’archipel fait face à des arrivées régulières de migrants en provenance d’Afrique, un phénomène qui s’est intensifié ces dernières années.
Fernando Clavijo a régulièrement appelé Madrid à associer davantage les autorités canariennes aux discussions avec Rabat sur ce sujet crucial, estimant que les insulaires sont en première ligne face à cette réalité.
Une situation humanitaire préoccupante
Les statistiques récentes montrent une augmentation significative des arrivées de migrants aux Canaries :
- Plus de 30 000 personnes ont atteint l’archipel par voie maritime en 2023, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes
- Les centres d’accueil des îles fonctionnent souvent au-delà de leurs capacités
- La prise en charge des mineurs non accompagnés représente un défi particulier pour les autorités locales
Face à cette situation, le président canarien plaide pour une implication plus directe dans les négociations avec le Maroc, considéré comme un partenaire essentiel dans la gestion des flux migratoires.
Les perspectives économiques des relations maroco-canariennes
Au-delà des défis sécuritaires et migratoires, les relations entre les Canaries et le Maroc offrent d’importantes opportunités économiques que Fernando Clavijo souhaite développer. Le potentiel de coopération entre l’archipel espagnol et les régions marocaines voisines reste largement inexploité.
Des secteurs prometteurs de coopération
Plusieurs domaines pourraient bénéficier d’un renforcement de la coopération maroco-canarienne :
- Énergies renouvelables : Les deux territoires bénéficient de conditions idéales pour le développement de l’énergie solaire et éolienne
- Tourisme durable : Des circuits touristiques complémentaires pourraient être développés entre les Canaries et les régions atlantiques marocaines
- Échanges universitaires : Les établissements d’enseignement supérieur des deux côtés pourraient intensifier leurs collaborations
- Agriculture et pêche : Le partage des technologies et des bonnes pratiques pourrait bénéficier aux deux économies
Ces perspectives économiques expliquent également pourquoi le président canarien considère comme essentielle la participation de sa région aux discussions bilatérales avec le Maroc.
Les implications de cette controverse sur l’avenir des relations
L’épisode de l’exclusion de Fernando Clavijo du sommet maroco-espagnol et l’appel subséquent d’Albares soulèvent des questions sur l’équilibre institutionnel au sein de l’État espagnol concernant la politique étrangère, particulièrement vis-à-vis du Maroc.
Cette situation met en lumière la tension permanente entre la compétence exclusive de l’État central en matière de relations internationales et les intérêts spécifiques des communautés autonomes directement affectées par ces relations.
Vers une approche plus inclusive ?
L’initiative d’Albares de contacter Clavijo après le sommet pourrait signaler une prise de conscience de la nécessité d’associer davantage les Canaries aux discussions avec le Maroc. Plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir :
- La création d’un mécanisme de consultation formelle des autorités canariennes avant les sommets bilatéraux
- L’organisation de rencontres spécifiques entre les Canaries et le Maroc, sous l’égide du gouvernement central
- L’intégration de représentants canariens dans certains groupes de travail sectoriels hispano-marocains
- Le développement d’une diplomatie paradiplomatique canarienne plus active, dans le cadre constitutionnel espagnol
La manière dont cette controverse sera résolue pourrait avoir des implications significatives pour la gouvernance des relations extérieures de l’Espagne, particulièrement avec son voisin du sud.
L’appel d’Albares à Clavijo représente un geste d’apaisement bienvenu après la polémique suscitée par l’exclusion du président canarien du sommet maroco-espagnol. Toutefois, cet épisode révèle les défis persistants dans l’articulation entre la politique étrangère nationale et les intérêts spécifiques des régions frontalières comme les îles Canaries.
Dans un contexte où les relations entre le Maroc et l’Espagne connaissent un nouvel élan, il apparaît crucial de trouver un équilibre institutionnel permettant d’intégrer les préoccupations légitimes des Canaries tout en préservant la cohérence de la diplomatie espagnole. L’avenir dira si cette controverse aura servi de catalyseur pour une approche plus inclusive des relations avec le voisin marocain, au bénéfice de toutes les parties concernées.


