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Quand le Maroc fournissait des armes à l’ANC Mandela

Le Maroc et Nelson Mandela : Une Histoire Méconnue de Soutien à la Lutte Anti-Apartheid

L’histoire des relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud recèle des épisodes fascinants mais souvent méconnus. Parmi ces chapitres oubliés figure le soutien crucial que le Royaume a apporté à l’African National Congress (ANC) et à son leader emblématique, Nelson Mandela, dans leur combat contre le régime d’apartheid.


1962 : Quand le Maroc devient le premier fournisseur d’armes de l’ANC

En pleine guerre froide, alors que le Maroc venait tout juste d’accéder à son indépendance, le Royaume a fait un choix géopolitique audacieux. En 1962, le Maroc devient le premier pays à livrer des armes aux combattants de l’ANC (African National Congress), mouvement de libération sud-africain alors engagé dans une lutte armée contre le régime d’apartheid.

Cette première livraison d’armes constituait non seulement un acte de solidarité envers le peuple sud-africain opprimé, mais également une affirmation claire de la position du Maroc nouvellement indépendant sur la scène internationale : celle d’un pays fermement opposé aux régimes coloniaux et ségrégationnistes.

Un soutien militaire et logistique

L’aide marocaine ne s’est pas limitée à un simple soutien diplomatique. Le Royaume a fourni :

  • Des armes et munitions essentielles à la branche armée de l’ANC
  • Une formation militaire pour certains combattants
  • Un soutien logistique précieux à une époque où l’ANC peinait à trouver des alliés internationaux

Cette aide, bien que discrète, a contribué à renforcer les capacités opérationnelles de l’ANC à un moment critique de son histoire.


Le séjour méconnu de Nelson Mandela au Maroc

Peu de gens savent que Nelson Mandela a séjourné plusieurs mois au Maroc, bien avant de devenir le leader mondial que l’on connaît. Ce séjour s’inscrivait dans une tournée africaine entreprise par Mandela pour mobiliser des soutiens à la cause anti-apartheid.

Durant cette période, Mandela a pu rencontrer diverses personnalités politiques marocaines et approfondir sa compréhension des mouvements de libération africains. Ce séjour a également permis de renforcer les liens entre l’ANC et le Royaume chérifien, préparant le terrain pour la future coopération militaire.

L’impact du séjour marocain sur Mandela

Pour Mandela, qui n’avait alors jamais quitté l’Afrique du Sud, cette immersion dans la culture marocaine, à la croisée des influences africaines, arabes et méditerranéennes, a constitué une expérience formatrice. Elle a enrichi sa vision panafricaine et sa compréhension des dynamiques culturelles et politiques du continent.

Ce passage au Maroc a également contribué à forger chez lui une certaine vision de ce que pourrait être une Afrique du Sud post-apartheid : un pays multiracial et multiculturel, à l’image de la diversité qu’il avait pu observer au Maroc.


Le rôle clé d’Abdelkrim El Khatib dans les relations maroco-sud-africaines

Au cœur de cette relation particulière entre le Maroc et l’ANC se trouve une figure centrale : le Dr Abdelkrim El Khatib. Médecin de formation, homme politique influent et fondateur du Mouvement Populaire Démocratique et Constitutionnel, El Khatib a joué un rôle déterminant dans le rapprochement entre Hassan II et Nelson Mandela.

Profondément engagé dans les causes panafricaines, El Khatib a utilisé son influence auprès du roi Hassan II pour plaider en faveur d’un soutien marocain à la lutte anti-apartheid. Son action a été particulièrement décisive dans l’établissement des premiers contacts entre la monarchie marocaine et les leaders de l’ANC.

Une diplomatie parallèle efficace

La médiation d’El Khatib illustre parfaitement comment la diplomatie parallèle, menée par des personnalités non gouvernementales, peut parfois s’avérer plus efficace que les canaux diplomatiques traditionnels, particulièrement dans des contextes politiques sensibles.

Son action a permis de créer un canal de communication discret mais efficace entre le palais royal marocain et la direction de l’ANC, à une époque où les pressions internationales rendaient de tels contacts délicats.


L’évolution complexe des relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud

Si le soutien initial du Maroc à l’ANC fut indéniable, l’histoire des relations maroco-sud-africaines a connu des revirements significatifs au fil des décennies. Pendant les longues années d’incarcération de Mandela (1962-1990), le Royaume s’est progressivement éloigné de l’ANC pour se rapprocher du régime sud-africain.

Ce changement de position s’explique par plusieurs facteurs :

  • L’évolution des intérêts géopolitiques du Maroc, notamment concernant la question du Sahara
  • Le pragmatisme économique, l’Afrique du Sud représentant une puissance économique majeure sur le continent
  • Les réalignements des alliances internationales dans le contexte de la Guerre froide

Une relation pragmatique

Cette évolution illustre le pragmatisme qui caractérise souvent la politique étrangère marocaine, capable d’adapter ses alliances en fonction de ses intérêts nationaux sans nécessairement renier ses engagements historiques.

Ce pragmatisme explique aussi pourquoi, malgré ce rapprochement avec le régime d’apartheid, le Maroc a su maintenir suffisamment de liens avec l’ANC pour permettre une normalisation rapide des relations après la libération de Mandela.


1994 : La rencontre symbolique entre Hassan II et Mandela à Rabat

En 1994, après l’élection historique de Nelson Mandela à la présidence sud-africaine, une rencontre symbolique a eu lieu à Rabat entre le nouveau président et le roi Hassan II. Contrairement à leur première rencontre des décennies plus tôt, celle-ci était empreinte de courtoisie diplomatique plutôt que d’engagement militant.

Cette visite officielle marquait la normalisation des relations entre les deux pays après la fin de l’apartheid et symbolisait la reconnaissance mutuelle de deux nations africaines majeures désormais libérées du joug colonial ou ségrégationniste.

L’héritage de cette relation historique

Malgré les fluctuations politiques, l’épisode du soutien marocain initial à l’ANC demeure un chapitre important dans l’histoire des relations sud-africaines et plus largement dans celle des solidarités panafricaines. Il témoigne de l’engagement précoce du Maroc en faveur de la décolonisation et de l’émancipation des peuples africains.

Aujourd’hui, alors que le Maroc réinvestit diplomatiquement et économiquement le continent africain, ce passé de solidarité constitue un capital symbolique précieux, même si les relations contemporaines avec l’Afrique du Sud restent complexes, notamment en raison des positions divergentes sur la question du Sahara.


Conclusion : Une page méconnue de l’histoire africaine

L’épisode du soutien marocain à l’ANC et à Nelson Mandela représente une page trop souvent oubliée de l’histoire africaine moderne. Il illustre la complexité des relations internationales sur le continent, où idéaux panafricanistes et réalisme géopolitique se sont souvent entremêlés.

Cette histoire nous rappelle également l’importance des solidarités transnationales dans les luttes d’émancipation du XXe siècle et la contribution significative du Maroc aux mouvements de libération africains. Un héritage qui continue d’influencer, bien que de manière plus subtile, la politique africaine du Royaume aujourd’hui.

À l’heure où le Maroc renforce ses liens économiques, culturels et diplomatiques avec le reste du continent africain, revisiter ces moments historiques permet de mieux comprendre les fondements historiques de la politique africaine du Royaume et d’apprécier la profondeur de son ancrage continental.

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